Eléments moins performants

Moi, ça va très bien. Et vous,comment allez-vous ? Mon nom est William Shakespeare. Mademoiselle, another bottle of beer!

Peter Turrini - Eléments moins performants

Eléments moins performants traite d'un monde du travail en perdition. Avec pour toile de fond une usine dont les premiers licenciements annoncent une fermeture prochaine. Nous suivons les aléas d'hommes ordinaires et plus particulièrement d'un couple, Hans et Anna, luttant pour construire leurs rêves malgré la réalité économique qui les rattrape. Sans être directement montré du doigt, le capitalisme ravageur se ressent dans le quotidien de ceux qui en pâtissent ou le commentent. Tous voient leur situation bousculée; à l'usine, depuis les ouvriers jusqu'au plus haut de la hiérarchie, au foyer, avec Hans, Anna et leur enfant, victime déjà avant même d'être né, à l'échelon le plus haut, jusque dans le bureau du ministre du Travail et de l'Economie.

Comme commentateur céleste et cynique vient le bibliothécaire de l'usine, Shakespeare, sage intemporel qui nous ramène à une perspective plus large. Compagnon d'infortune de Hans, il nous parvient comme le fil rouge et philosophique de la pièce. A l'image du personnage de Shakespeare et de ses références incomprises, tout n'est pas décalqué sur une réalité misérabiliste. L'humour y est présent tout au long de la pièce. On y traite du quotidien sur un mode poétique et avec une langue travaillée, sans avoir peur des échappées fantastiques et d'invoquer des personnages hors de la réalité, comme l'animateur ou la cantatrice américaine.  Turrini nous dépeint le monde du travail comme une spirale infernale dans laquelle sont emportés les hommes malgré eux. Dans ce tourbillon, il devient difficile d'ouvrir les yeux sur un présent qui répète les stratégies du passé.

La nécessité de faire entendre Eléments moins performants est nourrie de mon besoin de parler du monde qui nous entoure. Ce qui m’intéresse avant tout c’est la manière dont Turrini aborde un monde du travail en décadence, par le biais de l’humain ordinaire, tout en utilisant une écriture en vers libres poétiques voire même oniriques. Il ne s’agit pas ici, d’un texte juste « partisan », c’est un texte qui soulève des problèmes sociaux et politiques à travers des existences humaines individuelles, notamment à travers une histoire d’amour. Il me semble essentiel d’utiliser la scène comme une invitation à réfléchir, à s’engager sur le « ici et maintenant » de l’état du monde dans lequel nous nous trouvons, ainsi que de le faire par les yeux de personnages proches de nous, dans lesquels nous pourrions nous reconnaitre. Turrini utilise l’usine pour parler du monde, mais très vite le sujet principal ne se réduit pas à l’industrie sidérurgique, mais bien au monde du travail en général. Comment la situation de ce monde qui va à vau-l’eau se décline jusqu’à l’intimité même des individus ? La grande dépression économique du 21ème siècle vient se greffer de manière affolante au syndrome de dépression humaine qui touche particulièrement le secteur des travailleurs précaires. Alors il est préférable de garder ce que l’on peut de notre imaginaire et de composer avec la réalité quand celle-ci nous échappe. Le réalisme d'Eléments moins performants est poétique, nécessaire.

Mise en scène Clément Goethals

Interprétation Aurélien Labruyère / Angèle Baux Godard / Patric Reves / Pierre Haezaert / François Gillerot / Nina Lombardo / Adrien Letartre / Eline Schumacher / Emilie Flamant

Création Lumières Clément Longueville

Création vidéo Zeno Graton

Scénographie Tom Lombardo / Hélène Beutin

Création Costumes Marine Vanhaesendonck

Assistante dramaturge Hélène Beutin

Etapes de travail
Travail de fin d'études INSAS / Juin 2013
Résidence au Théâtre du Peuple / Septembre 2013


Réflexions
Nourrir le feu





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