Hubris


D’après Coriolan de William Shakespeare - traduction : François Guizot / Jean-Michel Déprats

Et Coriolan de Bertolt Brecht - traduction : Michel Habart

Chez les grecs anciens, l’Hubris c’est la démesure, l’orgueil inacceptable de la part d’un mortel. Toute prétention à une supériorité insolente parmi les hommes doit donc entraîner une punition cruelle de la part des dieux immortels. L’Hubris est le thème principal de la tragédie.

Quand j’ai découvert la dernière tragédie de William Shakespeare, Coriolan, il y a trois ans, j’ai rapidement fait des liens avec ce que nous vivons dans nos sociétés aujourd’hui, mais je ne m’attendais pas à une telle corrélation avec les crises de la politique contemporaine. Les problèmes que soulève la pièce sur les travers de la démocratie entre dérives totalitaires et pouvoirs corrompus sont frappants, comme un écho déroutant à certains événements actuels. Le texte en est presque prophétique.
Quand je me suis rendu compte dans un second temps que Brecht avait passé les dernières années de sa vie à travailler sur la pièce en modifiant sa portée politique, j’en ai tout de suite reconnu la dimension symbolique dans toute sa force, laquelle se trouve être une des obsessions de ma recherche : les liens complexes qui se tient entre les littératures et l’Histoire.
J’ai donc décidé de partir su squelette de ces deux textes comme base, pour construire une nouvelle forme. HUBRIS, c’est d’abord un questionnement sur la nécessité de vivre ensemble et l’impossibilité d’y arriver totalement.
C’est une pièce politique, mais c’est aussi et surtout une pièce sur l’intime et le rapport difficile entre les êtres, sur le « Je » qui nous empêche de vivre et nous coupe de l’autre. C’est une oeuvre polyphonique qui rend compte du fracas de l’Histoire et qui nous entraîne dans une « infinie conversation » sur la représentation des rapports de pouvoir et d’orgueil au sein de l’humanité.
Comment vivre ensemble malgré les différences et les différends ?
La démocratie est-elle le pire des régimes à l’exception de tous les autres ?
N’avons-nous le choix qu’entre la démagogie des tribuns, la loi du marché et la tyrannie des rimes forts ? Faut-il préférer la sécurité à la liberté, et l’ordre à la justice ?
Dans les pièces de Shakespeare et de Brecht, Rome oscille entre trois régimes décadents : une démocratie rêvée qui vire à la démagogie; une oligarchie militaire empreinte d’aristocratie; une élite tyrannique qui ne pense qu’aux intérêts privatifs.
Aucun régime n’est indemne du goût d’opprimer, surtout quand rien ne s’y oppose plus En cela, le libéralisme n’est pas loin de certains despotismes. Le « système » est devenu une machine à broyer, comme cela s’est souvent produit dans l’histoire.
L’analogie entre notre situation et celle des anciens empires est frappante. Nous entrons dans un règne qui vise, comme jadis, à parachever son hégémonie par l’exaltation des fantaisies des puissants, l’abaissement des citoyens livres et l’écrasement des indigents.

Lorsque le pouvoir est acquis, les élites n’hésitent pas à oppresser ceux qui assurent leur richesse. Ainsi, au nom de la « raison », les politiques réorientent le grand bateau des sociétés vers le tripe écueil de la souffrance, du narcissisme et de la folie.

Cette tragédie, dans les textes de Shakespeare et Brecht brasse des enjeux d’une déchirante actualité pour nos démocraties en souffrance : crise de l’identité, guerre civile latente, lutte des classes exacerbées, instabilité permanente, dissensions fratricides, impossible concorde civile, corruption, salut par l’impérialisme ou le populisme, exil, bureaucratie désenchantée, vengeances perpétuelles et pourrissement ultime de la représentation.

Je crois qu’il est essentiel de faire entendre ces textes aujourd’hui, en les confrontant à d’autres et de faire résonner l’Histoire dans le présent, en cherchant à écouter l’écho de notre humanité.

Adaptation et Mise en scène
Jean-Baptiste Delcourt

Scénographie, conception et collaboration artistique
Matthieu Delcourt

Création Vidéo
Joachim Thôme

Stagiaire assistanat
Florence Marchand

Conseil dramaturgique
Jean-Marie Piemme
Valérie Bataglia
Hamadi
Myriam Saduis

Création sonore
Distribution en cours

Création lumière
Renaud Ceulemans

Scénographe
Marie Menzaghi

Création Costumes
Laurence Hermant

Interprétation
Patricia Capdevielle
Mercedes Dassy
Dario Delbusaye
Serge Demoulin
Soufian El Boubsy
François Gillerot
Anne Marie Loop
Serge Demoulin
Renaud Van Camp

Conseil production et budget
Audrey Brooking


Production
La FACT

Coproductions
Théâtre des Martyrs

Mécénat
Laser SA

Soutenu par
Théâtre Océan Nord et de la compagnie Hamadryade et COOP ASBL
La compagnie Hamadryade