Traces d'étoiles

Un coeur, ça peut se briser, tu sais ? Pour vrai. C'est quelque chose de concrêt. Ca se brise, ça se fend, et tout le liquide chaud qu'il y avait dedans coule, et tu peux plus bouger, parler ou même penser parce que ça se répand dans tes veines.

Cindy Lou Johnson - Traces d'étoiles

Traces d'étoiles est une fable contemporaine. C'est l'histoire de deux êtres blessés qui portent leurs cicatrices comme des étoiles qui brûlent. Deux vies égarées, en suspension, se retrouvent dans une cabane en Alaska enserrée par une tempête de neige. Rosannah s'est enfuie le jour de son mariage; Henry y vit isolé, hors du temps et se refuse au monde. Ils ont en eux une blessure indistinguable et fuient quelque chose de profond. Mais quoi? Chacun trouve son chemin petit à petit en s'ouvrant maladroitement à la souffrance de l'autre. Ce n'est peut-être que dans le rapport qu'on peut se trouver soit même…

À l’heure où les personnes se rencontrent le plus souvent au travers de l’écran de leurs smartphones et sélectionnent leurs relations par le prisme "catalogue" de choix physiques, sociaux et économiques comment se rencontre-t-on?
Comment le « Moi » se construit ? Par rapport à qui ? Par rapport à quoi ? Les bruits du monde, que nous répétons inlassablement pour tenter de nous construire une identité?
Et c'est ainsi que nous crions ce qui fait écho en nous; que nous manifestons notre présence au monde et cela parfois malgré nous.
Ce qui nous entoure, ce quotidien, cet extérieur qui nous pénètre, nous engloutie, c'est sans doute lui qui parle, ou plutôt nous fait parler. La solitude, non pas celle qui nous sépare spatialement des autres, mais la solitude essentielle dans laquelle chaque être humain est tenu, nous empêcherait-elle de réellement communiquer? Ce qui serait en œuvre dans la rencontre d'autrui, ne serait-ce pas notre tentative de « Nous » communiquer nous-même?
Le « Je » sans doute, l'éternel « Je » qui se heurte à l'autre « Je ».
Ce heurt permanent de l'un et de l'autre, de nos corps dans la traversée de chaque jour, n'est- il pas au fond l'appel incessant que nous faisons au vide, au néant? Une question sans réponse?
Un « Oui » malgré tout qui nous justifierait au monde.
Nous sommes seuls sur ce chemin qui mène à notre mort, mais cette fable nous invite à rentrer dans une brèche de lumière ou le rapport à l'autre est possible et beau même s'il reste terriblement difficile.
Nous fuyons tous, nous ne parlons pas, nous articulons des mots, des phrases toutes faites, mais quelques fois, nous pouvons ne serait ce qu’un instant, lors d’une rencontre suspendre le temps, nous sentir moins solitaire...
C'est le parcours singulier de chacun, nos expériences, nos doutes, nos chutes, qui font de nous des êtres uniques et sensibles.
Ce sont ces mêmes blessures qui sont émouvantes chez les autres, que nous nous évertuons pourtant a dissimuler.

Ce texte nous dit l’errance de deux solitudes qui n'aspirent qu'à rencontrer celle de l'autre. Seul autrui peut nous éloigner de nous un court instant. Mais toujours le «Je » nous revient comme une porte qui claque, brutale et inéluctable venant tout remettre en cause.
J’ai voulu cette pièce comme un rêve proche de l'exorcisme, un espace de la reconquête du soi par l'affrontement du « je », du « toi » et du « nous »...
Peut-être qu’accepter d’être aimé est la chose la plus difficile; quand on sait que le juge le plus dur n’est autre que nous même, mais nous pouvons, nous nous devons de nous ouvrir à cet autre, car il est notre seul refuge.
Cette pièce, à la frontière des genres, d’une force vitale très puissante ouvre, à l’absurde en une langue flamboyante et lyrique qui conduit le spectateur devant le miroir bienveillant de son intimité sensible.

Les choses les plus belles arrivent comme par accident …

Auteure Cindy Lou Johnson

Traduction Maryse Warda

Mise en scène Jean-Baptiste Delcourt

Interprétation Angèle Baux Godard / Clément Goethals

Création lumières Amélie Géhin

Etapes de création
Résidence Théâtre du Peuple / Février et mai 2017

Dates
04 au 26 Août 2017 / Bussang / Théâtre du Peuple


Production
F.A.C.T.

Coproductions
Théâtre du Peuple